Le magazine
Retour au magazine

· 2 min de lecture

De Tokyo à la France : l’import de Super Famicom et de PC Engine au début des années 90

Avant l’harmonisation des sorties mondiales, une génération de joueurs français a découvert les consoles japonaises par l’import. Retour sur une histoire parallèle.

De Tokyo à la France : l’import de Super Famicom et de PC Engine au début des années 90

Il existe une histoire française du jeu vidéo japonais qui ne passe pas par les circuits officiels. Au tournant des années quatre-vingt-dix, bien avant que la mondialisation des sorties ne réduise les écarts de calendrier, une partie des joueurs français a découvert les consoles japonaises par l’import. Cette pratique, longtemps marginale, a façonné le goût d’une génération de collectionneurs et explique encore aujourd’hui la présence de nombreuses machines NTSC-J sur le marché de l’occasion hexagonal.

La PC Engine de NEC, commercialisée au Japon en 1987, en fut le premier emblème. Compacte, dotée de cartes de jeu au format d’une carte de crédit, les HuCards, elle impressionnait par la finesse de ses graphismes. Son constructeur ne l’a jamais lancée officiellement en Europe sous ce nom, mais des importateurs en proposèrent des versions adaptées aux téléviseurs français, et plusieurs boutiques spécialisées, à Paris puis en province, en firent leur vitrine. Pour beaucoup, elle reste la console de l’import par excellence.

La Super Famicom, lancée au Japon en novembre 1990, n’est arrivée officiellement en France qu’en 1992, sous le nom de Super Nintendo. Dans l’intervalle, les modèles japonais s’échangeaient à des prix élevés, souvent accompagnés d’un transformateur et d’un câble adapté à la prise péritel. Les premiers titres, Super Mario World ou F-Zero, circulaient ainsi en version japonaise, à une époque où la barrière de la langue comptait peu pour des jeux d’action.

La presse spécialisée joua un rôle décisif. Des magazines comme Joypad, Player One ou Consoles+ consacraient des rubriques entières aux nouveautés japonaises, testées parfois plusieurs mois avant leur éventuelle adaptation européenne. Ces pages, lues et relues, faisaient office de catalogue et de lexique. Elles ont aussi popularisé des notions techniques, comme le 60 Hz ou les bandes noires des versions PAL, qui font désormais partie du vocabulaire de tout collectionneur.

L’import supposait aussi une certaine ingéniosité. Pour lire une cartouche japonaise sur une Super Nintendo française, on utilisait des adaptateurs qui contournaient la puce de verrouillage régional, ou l’on faisait modifier la console elle-même. La sortie de Street Fighter II sur Super Famicom, au Japon dès juin 1992, a fait de ces accessoires de véritables objets de convoitise dans les cours de récréation. Plusieurs de ces adaptateurs passent aujourd’hui entre nos mains et méritent d’être conservés pour ce qu’ils disent de cette période.

Ce passé explique la place singulière qu’occupe l’import japonais dans les collections françaises. Il ne s’agit pas seulement de rareté : ces objets portent la trace d’une curiosité, d’une attente et d’une culture de l’échange qui ont précédé l’internet. C’est cet héritage que nous nous efforçons de respecter à l’atelier, en décrivant chaque pièce avec la précision qu’elle mérite.

  • histoire
  • Super Famicom
  • PC Engine